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Jésus-Christ

 

 

 

 

 

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0306- Quand St Joseph voulait divorcer Ariel Álvarez Valdés, Santiago del Estero (Argentine

 

Quand St Joseph voulait divorcer

Ariel Álvarez Valdés, Santiago del Estero (Argentine)
Prêtre, professeur de saintes Ecritures au Grand séminaireet de théologie à l’Université catholique

En relatant la naissance de Jésus, saint Matthieu explique que Joseph a été sur le point de divorcer
de son épouse Marie. Cet épisode dramatique de la vie de la sainte Famille a toujours déconcerté les chrétiens. Joseph a-t-il vraiment douté de Marie ?
Combien de temps a-t-il souffert jusqu’à ce que l’ange lui dise que l’enfant venait du Saint-Esprit ?
Pourquoi Marie ne lui a-t-elle rien dit ? Pourquoi Joseph a t'il voulu renvoyer Marie en secret
L'Évangile de Matthieu (1,18-24) dit : « Marie, sa mère, était fiancée à Joseph :or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit. Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :
Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés” (…) Une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme. »
Sans nous attarder à étudier la véracité de ce récit (ses termes ne nous permettent pas de dire s’il est historique ou non), nous pouvons tout de même essayer de répondre aux questions qu’il soulève.

Mariage en deux temps

Il faut commencer par rappeler les coutumes matrimoniales de l’époque. Les Juifs avaient l’habitude de se marier très tôt, à 18 ans pour les garçons et à 13 ans pour les filles. Les rabbins affirmaient que « Dieu maudit le jeune qui à 20 ans n’est pas encore marié ». A cause du jeune âge des prétendants, ce sont les parents qui choisissaient la fiancée. Les Israélites justifiaient cette pratique en expliquant que Dieu, dans le Ciel, décidait des unions matrimoniales 40 jours avant la naissance de l’enfant et les communiquait aux parents. Il y avait pourtant des cas où les jeunes choisissaient eux-mêmes leur future fiancée.
Le choix fait, commençait alors la première étape du mariage, appelée par les rabbins kiddushin (consécration). Il s’agissait d’une sorte d’engagement formel qui liait pour toujours la jeune fille à son fiancé, sans qu’ils puissent encore vivre ensemble à cause du jeune âge de la fiancée et parce que les époux ne se connaissaient presque pas. La période du kiddushin durait en général une année. Les jeunes étaient considérés comme de vrais époux, au point que si durant ce temps la jeune fille avait des rapports avec un autre homme, elle était considérée comme adultère et si elle dé- cédait, le jeune homme était considéré comme veuf.
A la fin du kiddushin, on célébrait la deuxième phase du mariage, le nissuín. Au terme d’une grande fête qui durait plusieurs jours, la jeune femme était conduite en procession dans la maison de son époux, pour commencer la vie à deux.

Marie a donc dû tomber enceinte par l’opération du Saint-Esprit entre le kiddushin et le nissuín : « Marie était fiancée à Joseph : or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit saint » (Mt 1,18-19).

Que s’est-il alors passé entre les deux époux ? Matthieu ne le dit pas. On ne peut qu’imaginer le drame de Joseph, doutant de la fidélité de son épouse, et la détresse de Marie qui voyait Joseph souffrir et qui se taisait par peur de ne pas être comprise.
Les eaux amères
Cet épisode de la vie de Joseph et de Marie a tellement impressionné la sensibilité et l’imagination des chrétiens que certains en ont rajouté avec de nouveaux récits. Ainsi le Protévangile de Jacques, un apocryphe composé vers l’an 150, raconte comment Marie, en visite chez sa cousine Élisabeth, se rendit compte que son ventre grossissait de jour en jour. Affligée, elle retourna chez elle et se cacha. Au bout de sept mois, Joseph, de retour d’une longue absence pour son travail, trouva Marie enceinte. Pleurant amèrement, il lui fit des reproches : « Pourquoi as-tu fait cela ? Pourquoi as tu sali ton âme, toi qui as été éduquée dans le Temple de Dieu et qui a été nourrie par les mains d’un ange ? » Elle, en pleurs aussi, lui répondit : « Je suis pure. Je n’ai eu de relations avec aucun homme. » Et Joseph de rétorquer : « D’où vient alors ce qui est dans ton ventre ? » Elle : « Je te le jure par la vie du Seigneur mon Dieu que je ne sais pas d’où cela vient. »

Pour le pauvre Joseph, les choses allaient encore se compliquer. Le jour suivant, un de ses amis, au courant de l’état de Marie, le dénonça au grand prêtre, en disant : « Joseph a violé la vierge dont il avait la garde, et il a consommé le mariage en cachette. » Le grand prêtre ordonna que les deux époux soient conduits au Temple où, avec des mots très durs, il les accusa d’avoir manqué à leur parole. Comme ils pleuraient et juraient devant Dieu qu’ils étaient innocents, il fut décidé de soumettre Marie à l’épreuve des « eaux amères ».
De quoi s’agit-il ? Le livre des Nombres (5,11-31) ordonne que l’épouse d’un homme qui a des soupçons sur sa fidélité, sans qu’il soit possible de découvrir la vérité, soit conduite au Temple et soumise à une épreuve. En présence de témoins, on défaisait alors sa coiffure (que toute femme décente en Israël couvrait pour que personne ne la voie) pour l’humilier en public. Ensuite, le grand prêtre prenait un récipient plein d’eau, qu’il mélangeait avec de la terre du sol. Il écrivait à l’encre sur une feuille toute une série de malédictions et de serments qu’il diluait en rinçant la feuille dans l’eau. Il faisait ensuite boire cette eau à la femme en lui disant : « S’il est vrai que tu te sois dévoyée alors que ton mari a pouvoir sur toi, que tu te sois rendue impure et qu’un homme autre que ton mari t’ait fait partager sa couche... Que Yahvé te fasse servir, dans ton peuple, aux imprécations et aux serments, en faisant flétrir ton sexe et enfler ton ventre ! Que ces eaux de malédiction pénètrent en tes entrailles pour que s’enfle ton ventre et que se flétrisse ton sexe ! » Avec une telle mixture la femme était régulièrement intoxiquée et son ventre enflait…
Le Protévangile de Jacques raconte cependant que lorsque Marie but, une lumière resplendissante transforma son visage au point que les assistants ne pouvaient plus la regarder en face.
Tous comprirent qu’elle était

Joseph le juste

Cette longue citation du récit apocryphe montre à quel point les doutes de saint Joseph ont hanté l’imaginaire populaire des premiers chrétiens. On touche ici le point le plus mystérieux du récit.

Pourquoi Joseph a-t-il décidé d’abandonner Marie, la laissant seule aux pires heures de son existence ? Parce qu’il était « juste », dit Matthieu.
Deux théories ont été élaborées pour expliquer cette « justice » de Joseph. Selon la première, Joseph pense que Marie est adultère. Or la loi de Moïse ordonne au mari de répudier l’épouse adultère (Dt 22,20-21). Joseph étant un « juste », c’est-à-dire un observant de la loi, il décide de la répudier. Cette hypothèse présente un inconvénient : la loi ordonne au mari de répudier la femme infidèle « publiquement » ; or Joseph décide de la renvoyer en secret ; il n’observe donc pas la loi ; alors, comment l’appeler juste ?
Dans la deuxième théorie, Joseph croit que Marie est adultère et il sait que la loi exige qu’elle soit lapidée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Comme il est « juste », c’est-à-dire bon, et qu’il ne veut pas que sa femme souffre, il la renvoie en secret pour lui sauver la vie. Cette solution présente aussi une difficulté : si Joseph pense renvoyer sa femme en secret par bonté, Matthieu devrait l’appeler bon plutôt que juste.
Aucune de ces solutions n’étant satisfaisante, les biblistes en proposent actuellement une troisième, qui s’accorde mieux avec le contexte du récit et a le mérite de jeter une nouvelle lumière sur saint Joseph : Joseph partagerait le secret de Marie dès le début, à savoir que l’enfant qui était en elle venait du Saint-Esprit ; aussi n’aurait-il jamais pensé qu’elle l’avait trompé. La manière dont Matthieu commence son récit le suggère en effet. Il donne tout de suite trois informations : Marie était engagée avec Joseph ; ils ne vivaient pas ensemble ; elle se trouvait enceinte par lefait de l’Esprit saint. Or on a spontané- ment conclu que Joseph connaissait seulement les deux premiers faits et pas le troisième. Pourquoi ? La logique du récit de Matthieu voudrait qu’il les connaisse tous les trois. Matthieu cependant ne dit pas comment Joseph a appris la grossesse virginale de sa femme, ni non plus comment celle-ci l’a su. Luc est le seul évangéliste à relater l’annonciation par un ange. Par conséquent, il est plausible de penser que, pour Matthieu, Joseph et Marie l’ont appris de la même manière.

Un avertissement

Reste un dernier problème. Si Joseph savait déjà que l’enfant était du Saint Esprit, pourquoi un ange le lui annoncerait-il au cours d’un songe ? De fait, les paroles de l’ange sont mal traduites dans nos Bibles. On lit d’ordinaire : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. »

Comme l’affirment de nombreux biblistes, les particules grecques « car et  »de ne doivent pas se traduire par « car ou parce que », mais par parce que même si. Ce qui change complètement la teneur du message de l’ange : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme, parce que même si ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit saint, elle enfantera un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus. » L’ange n’annonce pas à Joseph l’origine divine de l’enfant - ce qu’il savait déjà - mais qu’il doit rester avec Marie pour donner un nom à l’enfant - ce qu’il ignorait.

Essayons de comprendre le récit de Matthieu à partir de cette nouvelle perspective. Joseph et Marie, deux jeunes Israélites, étaient fiancés. Ils avaient accompli la première étape du mariage,
 le kiddushin, et ils espéraient pouvoir bientôt vivre ensemble. Mais entretemps, Marie fut choisie par Dieu pour être la mère de son divin Fils. Mis au courant, Joseph se trouva face à un sérieux problème. Il avait choisi Marie pour qu’elle soit son épouse, la mère de ses enfants, sa compagne, et voilà qu’il se rendait compte que Dieu aussi l’avait choisie comme la mère de son Fils. Comment entrer en concurrence avec Dieu ? Il ne pouvait pas s’approprier un enfant qui venait du Ciel et qui n’était pas le sien. C’eût été une injustice. On comprend, dès lors, la décision de Joseph. Comme il était juste, comprenant que Dieu avait choisi la même femme que lui pour réaliser le salut, il dé- cida de lui rendre sa liberté et de divorcer en secret. Mais un ange lui apparut durant son sommeil, qui lui dit de ne pas avoir peur, de ne pas avoir de scrupule de prendre Marie comme épouse, c’est-à-dire de célébrer le vïnt. Bien que l’enfant qu’elle attendait vînt de Dieu, ce serait à Joseph de lui donner le nom de Jésus lorsqu’il naîtrait. En d’autres termes, Dieu demandait à Joseph de rester avec Marie, même si elle avait été choisie par Dieu.
Ainsi Joseph aussi a été choisi et a eu sa part dans le plan du salut. Il a dû assumer Jésus comme son propre enfant et, puisqu’il était lui-même membre de la famille du roi David, « fils de David », le faire descendre ainsi de David. En introduisant Jésus dans la généalogie de David, il réalisait les prophéties.
Sauver Joseph
Joseph a toujours été vu comme une figure pâle et triste, un pauvre homme, sinon un vieillard, doux et souffreteux, rongé intérieurement par une douleur silencieuse alors que, mois après mois, il voyait s’arrondir le ventre de sa bienaimée. Perplexe, presque ridicule, luttant entre la confiance et le doute, entre l’amour et la jalousie, il serait incapable de comprendre le mystère de l’Incarnation, qu’on lui cache. Tel n’est pas le Joseph de l'Évangile. Joseph n’a jamais douté de Marie. Parce qu’il avait la même maturité que son épouse, il a tout su, dès le début. Son seul problème était de savoir si Dieu le voulait ou pas auprès de son épouse, et Dieu lui a fait savoir que oui.
 Les chrétiens ont énormément valorisé Marie, mais pas saint Joseph. La liturgie comporte de nombreuses fêtes de la Vierge mais seulement deux pour saint Joseph. Jusqu’aux études de mariologie qui donnent l’impression que Marie n’aurait pas été mariée, qu’elle se serait sanctifiée en dehors d’un contexte conjugal et familier. Même nos dévotions, nos images et nos représentations picturales sont exclusivement centrées sur Marie, oubliant saint Joseph. On a séparé ce que Dieu a uni.
Marie et Joseph ont aimé Dieu en couple. Ils se sont sanctifiés ensemble, l’un avec l’autre, l’un par l’autre. Ils ont été unis dès le début. A une époque où tant de familles sont en crise et où l’Eglise n’a pas de modèle conjugal à proposer, il est bon de s’en souvenir.

http://www.choisir.ch/IMG/pdf/Quand_St_Joseph_voulait_divorcer.pdf(traduction : P. Emonet)

  

 

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