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Les diables du Diable !


Le plus dur à admettre pour chacun de nous: c' est que le mal n'est pas d'abord chez le voisin, il est en nous. 

Choisi le bien, la vie et tu vivras. ( Deutéronome 30 ) Aujourd'hui aussi la facilité est de voir le mal , le diable chez les autres.

Le Diable est musulman

Déjà Dante lui-même savait que Mahomet était un terroriste. Ne l’a-t-il pas placé dans les cercles de l’enfer, condamné pour l’éternité à être fendu de haut en bas ? « Je l’ai vu tranché en deux », a chanté le poète dans La Divine Comédie, « de la barbe jusqu’au bas du ventre... » Plus d’un pape s’était aperçu, au temps où les hordes musulmanes tourmentaient la chrétienté, qu’elles n’étaient pas composées d’êtres en chair et en os, mais de grandes armées de démons qui se multipliaient à mesure qu’ils recevaient des coups d’épée, de lance, ou des décharges d’arquebuse. A notre époque, les missiles fabriquent infiniment plus d’ennemis qu’ils n’en éventrent. Mais, au bout du compte, que deviendrait Dieu s’il n’y avait pas d’ennemis ? La peur commande, et les guerres se nourrissent de peur. L’expérience prouve que la menace de l’enfer est toujours plus efficace que les promesses du ciel. Bienvenus soient nos ennemis ! Au Moyen Âge, chaque fois que le trône vacillait, à cause d’une banqueroute ou de la fureur populaire, les rois chrétiens dénonçaient le péril musulman, déclenchaient la panique, lançaient une nouvelle croisade, et l’affaire était dans le sac. Tout récemment encore, M. George W. Bush a été réélu président de la planète grâce à l’opportune apparition de M. Oussama Ben Laden, le grand croque-mitaine du monde, qui, la veille des élections, annonça, à la télé, qu’il allait venir dévorer tout crus les petits enfants. En l’an 1564, le démonologue Johann Wier avait recensé les diables qui travaillaient sur terre, à temps complet, pour la perdition des âmes chrétiennes. Il en compta pas moins de sept millions quatre cent neuf mille cent vingt-sept, qui opéraient répartis en soixante-dix-neuf légions. Depuis ce recensement, il est passé beaucoup d’eau bouillante sous les ponts de l’enfer. A combien s’élève, aujourd’hui, le nombre d’envoyés du royaume des ténèbres ? L’art de la dissimulation rend le comptage ardu. Ces mystificateurs s’affublent de turbans pour occulter leurs cornes ; de larges tuniques cachent leurs queues de dragon, leurs ailes de chauve-souris et la bombe qu’ils portent sous le bras. 

Le Diable est juif

Hitler n’a rien inventé. Cela fait maintenant deux mille ans que les juifs sont les assassins impardonnables de Jésus, et coupables de tous les maux. Comment ? Que dites-vous ? Que Jésus était juif ? Tout comme les douze apôtres et les quatre évangélistes ? Ce n’est pas possible. Les vérités révélées ne supportent point le doute et n’exigent pour preuve que leur existence même. Les choses sont comme on dit qu’elles sont, et on le dit parce qu’on le sait : dans les synagogues, le Diable officie, et les juifs, depuis toujours, n’ont d’autre occupation que de profaner les hosties et d’empoisonner les eaux bénites. Ils sont la cause des faillites économiques, des crises financières et des défaites militaires ; ce sont eux qui ont apporté la fièvre jaune, la peste noire et toutes les épidémies. L’Angleterre les expulsa, jusqu’au dernier, en l’an 1290. Mais cela n’empêcha pas Chaucer, Marlowe ni Shakespeare, auteurs qui n’avaient jamais vu un juif, de sacrifier à la caricature traditionnelle et de reproduire des personnages juifs selon le modèle satanissime du parasite suceur de sang et de l’usurier cupide. Accusés de servir le Malin, ces maudits ont traversé les siècles d’expulsions en expulsions et de tueries en exterminations. Suivant l’exemple de l’Angleterre, la France, l’Autriche, l’Espagne, le Portugal, ainsi que de nombreuses villes suisses, allemandes et italiennes, les expulsèrent. Les Rois Catholiques, Isabelle et Ferdinand, les jetèrent hors de l’Espagne sous prétexte qu’ils corrompaient le sang. Les juifs, qui vivaient dans ce pays depuis treize siècles, emportèrent les clefs de leurs maisons. Certains descendants les ont encore aujourd’hui. Jamais ils ne sont revenus. La boucherie colossale organisée par Hitler fut le point culminant d’une longue histoire de persécutions et d’humiliations. La chasse aux juifs a toujours été un sport européen. Maintenant, les Palestiniens, qui ne l’ont jamais pratiqué, paient l’addition. 

Le Diable est femme

Le livre Malleus Maleficarum, également connu comme Le Marteau des sorcières, recommandait l’exorcisme le plus impitoyable envers tout démon pourvu de seins et de cheveux longs. Ses auteurs, deux inquisiteurs allemands, Heinrich Kramer et Jakob Sprenger, l’avaient rédigé à la demande du pape Innocent VIII, pour battre en brèche les conspirations démoniaques contre la chrétienté. Il fut publié pour la première fois en 1486, et servit, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, de fondement juridique et théologique aux tribunaux de l’Inquisition de divers pays. Les auteurs y affirmaient que les sorcières, harem de Satan, représentaient les femmes à l’état naturel : « Toute sorcellerie émane de la luxure charnelle, insatiable chez la femme. » Ils ajoutaient que « ces êtres à l’aspect attrayant, au contact fétide et dont la fréquentation se révèle destructrice » envoûtaient les hommes en les attirant, avec leurs sifflements de serpent et leur queue de scorpion, pour les anéantir. Ces deux auteurs mettaient en garde les imprudents : « La femme est plus amère que la mort. Tout en elle est un piège. Son cœur : un filet ; et ses bras : de véritables chaînes. » Ce traité de criminologie, qui envoya des milliers de femmes aux bûchers de l’Inquisition, conseillait de soumettre à la torture toutes les femmes soupçonnées de sorcellerie. Si elles avouaient, elles méritaient les flammes du bûcher. Si elles n’avouaient pas, elles les méritaient aussi, car seule une sorcière, encouragée par le Diable, son amant des sabbats, pouvait endurer semblable supplice sans que sa langue la trahisse. Le pape Honorius III avait décrété que le sacerdoce était une affaire d’hommes : « Les femmes ne doivent pas s’exprimer. Leurs lèvres portent le stigmate d’Eve, qui mena les hommes à leur perte. » Huit siècles plus tard, l’Eglise catholique persiste à refuser aux filles d’Eve l’accès à la chaire. Les musulmans fondamentalistes, saisis de la même panique, mutilent le sexe des femmes et leur cachent le visage. Quant aux juifs orthodoxes, soulagés d’avoir conjuré le mauvais sort, ils commencent leur journée en susurrant : « Merci, mon Dieu, de ne pas m’avoir fait femme. » 

Le Diable est homosexuel

Dès 1446, au Portugal, les homosexuels allaient droit au bûcher. Dès 1497, ils étaient brûlés vifs en Espagne. Le feu était le sort destiné à cette engeance démoniaque, née dans les flammes de l’enfer. En Amérique, en revanche, les conquistadors préféraient les jeter aux chiens. Vasco Núnez de Balboa, qui avait condamné nombre d’entre eux à un si cruel châtiment, pensait que l’homosexualité était contagieuse. Cinq siècles plus tard, j’ai entendu dire la même chose par l’archevêque de Montevideo. Lorsque apparurent à l’horizon les premiers conquistadors, seuls les Aztèques et les Incas, au sein de leurs empires théocratiques, punissaient l’homosexualité – de peine de mort. Le reste des habitants de l’Amérique la toléraient, voire, dans certains endroits, la fêtaient, sans jamais l’interdire ni la réprimer. Cette insupportable provocation devait déclencher la colère divine. Selon les envahisseurs, la variole, la rougeole et la grippe, fléaux inconnus qui décimaient les Indiens comme des mouches, ne venaient pas d’Europe mais du ciel. Dieu punissait ainsi le libertinage des Indiens, qui se livraient avec naturel à leurs mœurs contre-nature. Ni en Europe ni en Amérique, pas plus qu’ailleurs, on n’a compté le nombre d’homosexuels condamnés au supplice ou à la mort. Nous ne savons rien des temps lointains, et très peu ou pour ainsi dire rien des temps actuels. Dans l’Allemagne nazie, ces « dégénérés coupables d’aberrants outrages à la nature » étaient obligés d’arborer un triangle rose. Combien furent envoyés en camp de concentration ? Combien moururent là-bas ? Dix mille, cinquante mille ? On ne l’a jamais su. Nul ne les a comptés ; c’est à peine si on les a mentionnés. On n’en sait pas beaucoup plus sur le nombre de Gitans exterminés. Le 18 septembre 2001, le gouvernement allemand et les banques suisses décidèrent de « rectifier l’exclusion dont faisaient l’objet les homosexuels parmi les victimes de l’Holocauste ». Corriger cette omission avait pris plus d’un demi-siècle. A partir de cette date, les homosexuels ayant survécu à Auschwitz ou aux autres camps – si tant est qu’il y en eut – eurent le droit de réclamer une indemnisation. 

Le Diable est indien

Les conquistadors découvrirent que Satan, expulsé d’Europe, avait trouvé refuge en Amérique. Dans ces îles et ces rives de la mer des Caraïbes, baisées jour et nuit par sa bouche ardente, des êtres sauvages vivaient dans le plus simple appareil, tels que le Diable les avait mis au monde. Ils vouaient un culte au soleil, à la terre, aux montagnes, aux rivières et à d’autres démons travestis en dieux ; et appelaient jeu le péché de chair qu’ils pratiquaient à toute heure et sans contrainte. Ils ignoraient les dix commandements, les sept sacrements et les sept péchés capitaux. Ils ne connaissaient pas le sens du mot péché ni ne craignaient l’enfer ; ils ne savaient pas lire et n’avaient jamais entendu parler du droit de propriété ni d’aucun autre ; et comme si cela n’eût pas suffi, ils avaient coutume de se manger entre eux. Et tout crus. La conquête de l’Amérique fut un long et dur travail d’exorcisme. Le démon était ancré si profondément en ces terres que, lorsque les Indiens faisaient mine de s’agenouiller dévotement devant la Vierge, ils adoraient en réalité le serpent qu’elle écrasait sous son pied ; et lorsqu’ils embrassaient la croix, ils n’y voyaient guère le fils de Dieu, mais célébraient la rencontre de la pluie et de la terre. Les conquistadors avaient accompli leur mission de rendre à Dieu l’or, l’argent et les nombreuses richesses que le Diable lui avait usurpés. Récupérer le butin ne fut pas chose aisée. Heureusement que, de temps en temps, ils recevaient un petit coup de main de là-haut. Quand le maître de l’enfer prépara une embuscade dans un canyon, pour barrer le passage aux Espagnols vers les mines d’argent du Cerro Rico de Potosí, un archange descendit des cieux et lui administra une raclée mémorable. 

Le Diable est noir

Tel le péché, telles les ténèbres, le noir est l’ennemi de la lumière et de l’innocence. Dans son célèbre récit de voyages, Marco Polo évoquait les habitants de Zanzibar : « Ils avaient une très grande bouche, des lèvres épaisses et un nez de singe. Ils se promenaient nus et étaient totalement noirs, de sorte que s’ils étaient apparus dans une autre région du monde, on les aurait pris pour des diables. » Trois siècles plus tard, en Espagne, Lucifer, le corps peint en noir, entrait en scène, lors de comédies ou de fêtes, monté sur un chariot de feu. Sainte Thérèse de Jésus, qui l’avait toujours combattu, n’avait jamais pu s’en débarrasser. Il s’arrêta un jour à son côté, et c’était un « abominable négrillon ». Une autre fois, elle vit une gigantesque flamme rouge sortir de son corps noir, tandis qu’il s’asseyait sur son missel ; et il lui brûla les prières... Bref rappel des échanges entre l’Afrique et l’Europe : durant les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, l’Afrique vendait des esclaves et achetait des fusils. Du travail en échange de la violence. Les fusils mettaient de l’ordre dans le chaos infernal, et l’esclavage était un premier pas vers la rédemption. Avant d’être marqués au fer rouge, sur le visage ou sur la poitrine, les Noirs recevaient une bonne giclée d’eau bénite. Le baptême faisait fuir le démon et insufflait une âme dans ces corps vides. Puis, au cours des XIXe et XXe siècles, l’Afrique offrit de l’or, des diamants, du cuivre, du marbre, du caoutchouc et du café, en échange de bibles. Des produits contre des paroles. On supposait que la lecture de la Bible pouvait faciliter le voyage des Africains de l’enfer vers le paradis. Mais l’Europe avait oublié de leur apprendre à lire. 

Le Diable est étranger

Le culpomètre indique que l’immigré vient nous voler nos emplois, et le dangeromètre tire la sonnette d’alarme. S’il est pauvre, jeune et non-Blanc, l’intrus, celui qui vient de loin, est condamné d’emblée pour indigence, inclination au chaos et couleur de peau. Dans tous les cas, s’il n’est ni pauvre, ni jeune, ni basané, il n’est pas le bienvenu, parce qu’il est prêt à travailler le double pour recevoir la moitié. Alors que gouvernent les peurs, la crainte de la perte de l’emploi est une des plus redoutées ; et l’immigré sert d’épouvantail au moment d’accuser les responsables du chômage, des baisses de salaire, de l’insécurité ou d’autres fléaux. Autrefois, l’Europe répandait sur le monde son lot de soldats, de prisonniers, et de paysans morts de faim. Ces protagonistes des aventures coloniales sont restés dans l’histoire comme les voyageurs de commerce de Dieu. Ils incarnaient la civilisation au secours de la barbarie. Actuellement, le voyage se fait en sens inverse. Ceux qui arrivent, ou qui tentent d’arriver, du sud vers le nord, ne portent ni couteau entre les dents ni fusil à l’épaule. Ils viennent de pays pressés comme des citrons et n’ont d’autre intention que de conquérir un emploi ou un petit boulot. Ces protagonistes des mésaventures coloniales sont considérés comme des messagers du Diable. La barbarie à l’assaut de la civilisation. 

Le Diable est pauvre

Ils se pourlèchent quand vous mangez, ils vous espionnent quand vous dormez : les pauvres vous guettent. En chacun d’eux se cache un délinquant, voire un terroriste. Les biens de quelques-uns sont menacés par la malfaisance des plus nombreux. C’est connu : le monde est divisé entre ceux qui ne peuvent pas manger et ceux qui ne peuvent pas dormir. Sujettes au harcèlement depuis des milliers d’années, les îles de la décence sont acculées par les mers déferlantes de la misère. La houle gronde et oblige à vivre en alerte permanente. Dans nos villes actuelles, immenses prisons où se barricadent les prisonniers de la peur, les forteresses ont pour nom maisons, et les armures, costumes. État de siège. Ne pas se distraire, ne pas baisser la garde, ne pas se confier : statistiquement, vous ne pouvez y échapper ; tôt ou tard, vous devrez subir une agression, un enlèvement, un viol ou un crime. Dans les quartiers malfamés, tapis dans l’ombre, crevant d’envie, avalant leurs rancœurs : les auteurs de votre prochain malheur. Ce ne sont que des vagabonds, des va-nu-pieds, des ivrognes, des drogués, de la graine de délinquants ou des vauriens, de pauvres hères, sans dents, ni projets, ni lendemain. Nul ne les admire, mais ces voleurs de poules font ce qu’ils peuvent, en imitant, modestement, les maîtres qui enseignent au monde les recettes de leur succès. Nul ne les comprend, mais ils aspirent à devenir des citoyens exemplaires, à l’image de ces héros des temps modernes qui violent la terre, empoisonnent l’air et l’eau, étranglent les salaires, assassinent les emplois et séquestrent des pays. 

 Eduardo Galeano.

LE MONDE DIPLOMATIQUE | août 2005 | Page 10 http://www.monde-diplomatique.fr/2005/08/GALEANO

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